Tomate génétiquement modifiée popcorn: l’illusion du progrès
- 18 mai 2026
- Dr Luigi D’Andrea, secrétaire de l’Alliance suisse pour une agriculture sans OGM
Une tomate génétiquement modifiée qui sent le pop-corn fait son apparition. Derrière l’innovation, des questions majeures restent en suspens.
Des chercheurs chinois et australiens ont développé, grâce à la technique de génie génétique CRISPR, une tomate au parfum de pop-corn, inspirée du riz basmati et thaïlandais. L’objectif est clair: séduire le consommateur et créer un produit haut de gamme, davantage marketing qu’agronomique. Cette odeur provient de la molécule 2-AP, naturellement présente mais habituellement dégradée par le gène BADH2. En désactivant ce gène, les scientifiques permettent à l’arôme de s’accumuler dans le fruit.
Ce type d’innovation soulève toutefois des critiques. Plutôt que de répondre aux enjeux agricoles comme la durabilité ou la sécurité alimentaire, ces modifications visent à favoriser l’acceptation des OGM par des produits attractifs. Par ailleurs, la future réglementation européenne pourrait considérer ces plantes comme équivalentes à des variétés classiques, sans évaluation approfondie des risques. Or, les effets à long terme sur la santé ou l’environnement restent inconnus et difficiles à anticiper.
Enfin, l’absence potentielle d’étiquetage poserait un problème de transparence. Si ces tomates se diffusent à grande échelle, notamment via les importations chinoises, les consommateurs européens pourraient perdre leur capacité à choisir en connaissance de cause, faute d’informations fiables et accessibles.
Et en Suisse ? La question mérite d’être posée sans caricature. Le génie génétique y bénéficie d’un soutien marqué dans certains milieux scientifiques et politiques, souvent au nom du progrès et de l’innovation. Mais cette adhésion prend parfois des allures de croyance: la promesse technologique semble primer sur l’évaluation concrète de son utilité. Entre espoirs économiques et applications encore limitées, le décalage interroge. À défaut de résultats tangibles à grande échelle, le discours sur le progrès peut alors ressembler moins à une démonstration qu’à un acte de foi.
Des informations à disposition ici sur le site de l’Alliance suisse pour une agriculture sans OGM (ASGG).




